"Nous avons les machines"
"Il est temps d'abandonner le monde des civilisés et sa lumière. Il est trop tard pour tenir à être raisonnable et instruit - ce qui a mené à une vie sans attrait. Secrètement ou non, il est nécessaire de devenir tout autre ou de cesser d'être." Georges Bataille
L'école, le numérique et la société qui vient
publication en librairie le 25 Janvier, livre collectif de D. Kambouchner, P. Meirieu, B. Stiegler, J. Gautier et G. Vergne.
vieux-je : aller simple
"Le mot psychogéographie, proposé par un Kabyle illettré pour désigner l’ensemble des phénomènes dont nous étions quelques uns à nous préocupper vers l’été de 1953, ne se justifie pas trop mal..."
Selon Guy Debord qui l'a défini en 1955, « La psychogéographie se proposerait l'étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus.»
« La formule pour renverser le monde, nous ne l’avons pas cherchée dans les livres, mais en errant. C’était une dérive à grandes journées, où rien ne ressemblait à la veille ; et qui ne s’arrêtait jamais. »
In girum imus nocte et consumimur igni, édition critique, p. 40
le messager qui bégaie par patrice bigel
On ne parlera jamais assez de la pression qui s'exerce actuellement sur la création théâtrale contemporaine. Il faut faire preuve d'optimisme ou d'inconscience, pour se projeter dans l'avenir, ne fût-ce que le temps d'une production.
Aujourd'hui la création doit répondre à un certain nombre de critères fixés par l'offre du marché potentiel : on préfère les produits sûrs et rentables aux expériences artistiques à risques. Plus que jamais, il faut savoir "se vendre".
Tout le monde s'accorde à reconnaître l'essoufflement de la création contemporaine (y compris la presse, alors qu'elle est complice de cette situation). En réalité, s'agit-il d'une "absence de renouveau" ou bien d'un désintérêt général pour le renouveau ? cet état de choses sclérose la profession et entraîne un corporatisme insoutenable. On se rencontre entre gens du même monde au risque de s'enfermer dans la seule audience d'un public d'initiés.
Des expériences théâtrales aussi diverses qu'opposées sont indispensables, car seul le foisonnement des formes esthétiques crée l'effervescence de la vie culturelle.
Le théâtre doit être le lieu privilégié d'expérimentation et d'innovation. Le théâtre est un art vivant, donc appelé à disparaître, et l'artiste doit être à la recherche d'un temps toujours à reconquérir. Il doit faire preuve d'une grande force de renouvellement, quitte à déplaire au public déjà acquis. Il doit refuser de spéculer sur la création.
Au théâtre, tout commence quand le messager, porteur d'une grave nouvelle, se met à bégayer, troublé par l'importance de sa mission. À cet instant surgit une vérité très forte dans l'obstination qu'il met à vouloir, malgré tout, exercer sa fonction.
ah...
... Ce n'est vraiment pas facile de se tuer. J'ai appelé la mairie pour demander des renseignements sur la mort. On m'a renvoyé au directeur du musée funéraire municipal. Il me dit, au téléphone, qu'il existe trois mille livres sur la mort. Au cas où je manquerais de temps pour lire, il y a aussi des visites guidées dans le musée de la mort. Si je lui était sympathique, il pourrait envisager une visite privée.
J'appelle une entreprise du nom d'"Articles de bière et d'équipements pour enterrements". Le gérant me fait observer qu'il s'agit d'une entreprise d'articles funéraires et non de fournitures en tout genre soldées sur catalogue. Pour parler des détails, il faut donc se voir de visu. Ma demande concerne -t-elle un parent proche du défunt ? Il raccroche lorsque je lui réponds la vérité, c'est à dire que j'ai l'intention de me tuer, mais sans créer d'ennui ni de désagrément à mes concitoyens, et que je désire donc tout régler d'avance.
"Enfin la fin" de Peter Turrini.
laboratoires
LES LABORATOIRES D’AUBERVILLIERS SONT DES LABORATOIRES. UN LABORATOIRE EST UN LIEU OU L’ON FAIT DES EXPERIENCES. UNE EXPERIENCE EST UN PROCESSUS DONT ON NE CONNAIT PAS LE RESULTAT A L’AVANCE. UN PROCESSUS DONT ON NE CONNAIT PAS LE RESULTAT A L’AVANCE EST UN PROCESSUS DE RECHERCHE. L’ISSUE D’UN PROCESSUS DE RECHERCHE ARTISTIQUE EST UNE OEUVRE. UNE OEUVRE EST RENDUE PUBLIQUE. LA PUBLICATION DE L’OEUVRE PERMET LA RECEPTION DE L’OEUVRE. LA RECEPTION DE L’OEUVRE PASSE PAR L’ORGANISATION D’UN CONTEXTE SPECIFIQUE. L’ORGANISATION D’UN CONTEXTE SPECIFIQUE POUR LA RECEPTION DE L’OEUVRE EST UNE EXPERIENCE. UNE EXPERIENCE EST UN PROCESSUS DONT ON NE CONNAIT PAS LE RESULTAT A L’AVANCE. ENGAGER DES PROCESSUS DONT ON NE CONNAIT PAS LE RESULTAT A L’AVANCE OBLIGE SANS CESSE A REMETTRE EN CAUSE SON PROPRE FONCTIONNEMENT. SANS CESSE REMETTRE EN CAUSE SON FONCTIONNEMENT EST POUR NOUS LA SEULE FAÇON DE RENDRE POSSIBLES DE NOUVELLES MANIERES DE CREER ET DE RECEVOIR DE L’ART. UNE NOUVELLE MANIERE DE CREER ET DE RECEVOIR DE L’ART EST UN GAIN DE LIBERTE POUR TOUS.
Projet artistique / Les Laboratoires d'Aubervilliers.
en travaux
«On ne laisse jamais les villes tranquilles, elles sont toujours en travaux. On creuse, on démolit, on construit. Défection, réfection. Seuls certains lieux de Californie peut-être, complètement anesthésiés par le luxe domestique et le confort suburbain, semblent reposer dans une ambiance définitive, au-delà de la déconstruction perpétuelle. Nos corps aussi sont toujours en travaux, toujours inquiétés, suppliciés, rénovés. Jamais reposés, jamais sereins. La paix de l’âme, impossible d’y souscrire plus de quelques heures. L’impatience l’emporte toujours. La tranquillité tout le monde y aspire, mais d’une façon dérisoire, par où passent les derniers moment de l’âme contemplative. A la campagne il y a toujours un chien qui hurle. Et la stérilité est héréditaire."
Jean Baudrillard, Cool Memories
théorie de l'information...
Vous savez, Stephen Hawking a cette théorie sur l’information, et où elle va quand elle disparaît. Selon cette théorie, quand un trou noir implose toutes les informations sur les objets qui y disparaissent se mettent à glisser dans un tunnel infiniment long. Tous ces nombres, ces calculs, ces déviations tourbillonnent dans une immense tornade.
...et théorie de l'évolution.
- J’ai interviewé John Cage, j’ai passé pas mal de temps avec lui, et j’ai été frappé de voir combien il semblait un type heureux. Il souriait tout le temps, alors qu’à ce point des tas de vieillards sont plutôt mal lunés, mais pas lui, et j’étais censé l’interroger sur la musique et les théories de l’information, mais ce que je voulais vraiment savoir, c’était s’il pensait que les choses allaient vers le mieux ou vers le pire ? Mais cela me semblait une question tellement stupide, que je n’osais pas la poser, alors je tournais autour, histoire de l’étoffer, et je disais des choses du genre :
- bon selon la théorie de l’évolution s’il y avait une course entre un cheval moderne et un cheval préhistorique le cheval moderne devrait gagner, puisqu’il est plus rapide et plus efficace puisqu’il s’est adapté et est-ce que nous sommes comme ça nous aussi ?
Extraits de l’exposition "Le temps vite", Paris 2000, au Centre Pompidou.
Cible mouvante.
“Moi, j’aime le théâtre s’il me fait regarder là où normalement je détournerais mon regard, si je m’identifie d’un seul coup à des personnes qui me seraient d’habitude étrangères voire antipathiques, si j’apprends de cette manière quelque chose sur moi-même. J’aime le théâtre qui amène la connaissance de soi. Si les circonstances sociales, politiques et historiques le permettent, le théâtre peut même inciter toute une société ou du moins toute une partie de la société à mieux se connaître.”
Marius von Mayenburg
promenade
Un mouvement général de virtualisation affecte aujourd’hui non seulement l’information et la communication mais aussi bien les corps, les cadres collectifs de la sensibilité ou l’exercice de l’intelligence. La virtualisation atteint même les modalités de l’être ensemble, la constitution du «nous» : communautés virtuelles, entreprises virtuelles, démocratie virtuelle...
«Sur les chemins du virtuel» de Pierre Lévy.
façade
«Aujourd’hui, il est ainsi qu’en chacun de nous coexiste un capitaliste produisant, travaillant ou commerçant pour cette époque- et un artiste. L’artiste qui est en nous se console de ce vide existentiel en pleurant un passé qui n’est plus ou un futur qui pourrait être. Cette schizophrénie - entre l’être machinique qui joue à la bourse et qui passe d’un flux financier à l’autre, de sa télévision à son ordinateur portable, qui soulage son narcissisme au moyen de quelques achats ostentatoires, et un être humain en quête de sens, d’accomplissement, qui voudrait trouver dans la nature, dans les livres, et dans les arts un reste de beauté et d’harmonie-, cette schizophrénie est justement la principale complice du capitalisme. Elle est au service de son paradoxe: la servitude volontaire de chacun dans une économie collective libre.»
Camille de Toledo, paru dans Die Zeit (Le temps, quotidien allemand)

